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Le bois brûlé : pourquoi je passe mes créations à la flamme

Quand on découvre une de mes pièces d’extérieur, la première question est presque toujours la même : « Vous l’avez peinte en noir ? » Non. Ce bois a été passé à la flamme. C’est une technique ancienne, et c’est à mes yeux la plus belle façon de protéger et de patiner du bois.

Qu’est-ce que le bois brûlé ?

Le principe tient en une phrase : on brûle volontairement la surface du bois pour le protéger. La couche extérieure se carbonise sur quelques millimètres, tandis que le cœur reste intact.

Cela semble contre-intuitif. On associe le feu à la destruction du bois, pas à sa conservation. Pourtant la couche de carbone qui se forme est remarquablement stable : elle ne nourrit plus les champignons, elle n’intéresse plus les insectes, et elle freine la pénétration de l’eau.

Une technique venue du Japon

Les Japonais pratiquent cela depuis des siècles sous le nom de yakisugi, que l’on connaît souvent en Europe sous l’appellation shou sugi ban — une lecture occidentale des mêmes caractères. Sugi désigne le cèdre japonais, l’essence traditionnellement employée.

À l’origine, il s’agissait de traiter les planches de bardage des maisons et des granges. Dans un pays humide, exposé aux typhons et aux insectes xylophages, on avait trouvé là une protection efficace et gratuite : du bois et du feu, rien d’autre.

Certaines façades japonaises traitées ainsi tiennent depuis plus d’un siècle. C’est un argument qui se passe de commentaire.

Pourquoi ça protège réellement

Trois choses se produisent pendant la combustion de surface.

Les fibres se resserrent. La chaleur fait partir l’humidité résiduelle et contracte la structure du bois. La surface devient plus dense, donc moins perméable.

Les sucres disparaissent. Ce qui attire les insectes et nourrit les moisissures, ce sont les composés organiques présents dans le bois. La carbonisation les consume. Ce qui reste n’a plus d’intérêt nutritif pour eux.

Une barrière se forme. Le carbone est stable et hydrophobe. Il ne s’écaille pas comme une lasure, et il ne se décolle pas comme un vernis, parce qu’il n’est pas posé sur le bois : il est le bois.

Ce que ça change par rapport à une lasure

Une lasure industrielle fait le même travail, mais autrement : elle dépose un film protecteur à la surface. Ce film vieillit, se craquelle, s’écaille. Il faut alors poncer et recommencer, tous les deux à trois ans selon l’exposition.

Avec le bois brûlé, il n’y a pas de film. La protection vient de la matière elle-même. Elle ne peut donc ni se décoller ni s’écailler. Elle s’use très lentement, et se ravive en repassant une finition.

Et surtout, la protection est acquise avant même la finition : le feu fait en une fois le travail que des couches successives feraient ailleurs. Sur un objet destiné à vivre dehors, c’est une base autrement plus durable.

Comment je procède à l’atelier

Je travaille à partir de bois de récupération, essentiellement du pin. Ce n’est pas le cèdre japonais, mais le principe fonctionne : toutes les essences se carbonisent, simplement pas à la même vitesse.

La pièce est d’abord entièrement assemblée et poncée. On ne brûle jamais avant : il faudrait ensuite poncer les assemblages et on détruirait le travail.

Vient le passage à la flamme, et c’est là que tout se joue. Trop peu, la protection est insuffisante. Trop longtemps, la couche carbonisée devient friable et s’effrite au moindre frottement. Il faut s’arrêter au moment où la surface se craquelle en petites écailles régulières — c’est le signe que la carbonisation est juste.

Je brosse ensuite pour retirer l’excédent de suie, puis je fixe la couche de carbone avec une finition : selon la pièce, un brou de noix, une teinte ou un vernis.

Le rendu : un noir qui n’est pas une peinture

C’est l’autre raison pour laquelle j’aime cette technique. Le résultat n’a rien à voir avec du bois peint en noir.

Le feu ne brûle pas uniformément : il attaque plus vite le bois tendre entre les cernes que les parties dures. Le veinage ressort donc en relief, avec des nuances qui vont du brun profond au noir mat. La lumière accroche ce relief et le fait vivre selon l’heure de la journée.

Aucune peinture ne sait faire ça, parce qu’une peinture recouvre là où le feu révèle.

Les pièces concernées dans mon atelier

Je réserve cette finition aux créations qui ont un intérêt à être protégées, ou que le contraste met en valeur.

Pour le jardin, le moulin décoratif et le puits décoratif sont patinés par le feu, avec un toit coloré qui tranche sur le bois sombre. Sur la terrasse, la lampe d’extérieur en bénéficie aussi : sa colonne à lattes diffuse une lumière basse, et le bois foncé disparaît dans la nuit pour ne laisser voir que la lumière.

Côté oiseaux, la petite mangeoire en bois brûlé reçoit le même traitement de surface. Le bois sombre fait ressortir les graines claires, et on voit tout de suite quand il faut regarnir.

Comment l’entretenir

Peu de choses, et c’est voulu.

  • Un coup de chiffon sec suffit pour la poussière
  • Évitez de frotter fort : vous retireriez de la couche carbonisée
  • Si le noir ternit au fil des années, écrivez-moi : je vous dirai quelle finition convient à votre pièce
  • Malgré sa résistance, abritez la pièce en cas d’intempéries prolongées, ou rentrez-la l’hiver

Le bois reste une matière vivante. Le feu le protège, il ne le rend pas éternel.

Pour aller plus loin

Si la matière vous intéresse, je parle aussi du pin massif et de ses qualités, l’essence que j’utilise le plus, et de ce qu’on peut tirer de palettes de récupération, d’où vient une grande partie de mon bois.

Et si vous voulez voir le rendu en vrai, l’ensemble de mes objets décoratifs en bois est dans la boutique. Chaque pièce étant brûlée à la main, aucune n’a exactement la même teinte.