Beaucoup de gens installent une mangeoire, voient deux mésanges, et concluent que leur jardin n’intéresse pas les oiseaux. Le problème est rarement la nourriture : c’est que le jardin ne leur offre rien d’autre.
Nourrir fait passer les oiseaux. Pour qu’ils s’installent, il faut répondre à quatre besoins, et la nourriture n’est que le premier.
Les quatre besoins, dans l’ordre d’importance
- Se cacher : un oiseau qui n’a pas de refuge à moins de trois mètres ne se posera pas
- Boire et se baigner, toute l’année, et pas seulement l’hiver
- Manger, de préférence dans le jardin lui-même plutôt que seulement à la mangeoire
- Nicher, dans une cavité ou une haie dense
Le premier est celui qu’on oublie. Une pelouse rase avec une mangeoire au milieu est un espace découvert : l’oiseau s’y sent exposé, et il a raison de l’être.
L’eau : le geste le plus rentable
Si je ne devais conseiller qu’une chose, ce serait un point d’eau. C’est ce qui attire le plus d’espèces, y compris celles qui ne viennent jamais aux graines.
Une coupelle large et peu profonde — 3 à 5 cm, pas plus —, avec un galet au centre pour se poser, placée à découvert mais à quelques mètres d’un buisson. Renouvelez l’eau tous les deux jours en été, tous les jours en période de gel.
Les oiseaux s’y baignent même en hiver, parce qu’un plumage propre isole mieux. C’est aussi le meilleur poste d’observation que vous aurez.
Penser le jardin en étages
Un jardin accueillant a trois niveaux, et chaque niveau correspond à des espèces différentes.
Le sol, avec des feuilles mortes et des zones non tondues : merles, accenteurs, rougegorges y cherchent les invertébrés.
Les buissons et la haie, entre 1 et 3 m : c’est l’étage du refuge et de la nidification. Le plus important des trois.
Les arbres : postes de chant, cavités, chasse pour les mésanges et les pics.
Si votre jardin n’a qu’un seul étage, c’est là qu’il faut agir. Une haie libre d’arbustes variés vaut mieux qu’une haie taillée d’une seule espèce, et infiniment mieux qu’une clôture.
Les plantes qui nourrissent vraiment
Une plante qui produit des baies ou des graines nourrit plus longtemps et plus naturellement qu’une mangeoire.
Pour les baies : sureau noir, aubépine, cotonéaster, troène, cornouiller sanguin, et surtout le lierre, qui a un atout rare — il fleurit en automne, nourrit les insectes à une saison où il n’y a plus rien, puis donne ses fruits en fin d’hiver, au moment le plus difficile. Laissez-le grimper quelque part.
Pour les graines : cardère, chardons, tournesols que vous laissez sécher sur pied, graminées. Ne coupez pas les tiges fanées en automne : c’est le garde-manger de janvier.
Pour les insectes, donc pour les oisillons : plantes mellifères simples, non horticoles. Un massif de fleurs doubles stériles est décoratif et vide.
Même sur un balcon, cela fonctionne. Quelques plantes dans un cache-pot en bois, un point d’eau et une mangeoire suffisent à faire venir mésanges et moineaux en ville.
Laisser un coin en désordre
C’est le conseil qui dérange le plus, et c’est le plus efficace. Réservez quelques mètres carrés où vous n’intervenez pas :
- Un tas de bois, qui abrite insectes, hérissons et sert de perchoir
- Un amas de feuilles dans un angle : les merles le retournent tout l’hiver
- Une zone non tondue, qui monte en graines
- Les tiges sèches debout jusqu’en mars
Un jardin parfaitement propre est un jardin pauvre. C’est désagréable à entendre quand on aime l’ordre, mais c’est ainsi.
Arrêter les traitements
Un couple de mésanges charbonnières apporte plusieurs centaines de chenilles par jour à sa nichée. Si vous traitez vos rosiers et vos arbres fruitiers, vous supprimez la nourriture des oisillons — et vous perdez par la même occasion les meilleurs auxiliaires contre les pucerons.
Les limaces et les escargots aussi nourrissent les merles et les grives. L’anti-limaces en granulés casse cette chaîne, et empoisonne parfois l’oiseau qui mange la limace.
Les nichoirs : le diamètre décide de l’espèce
Un nichoir n’attire pas « les oiseaux » en général : il attire l’espèce qui correspond au diamètre de son trou d’entrée. C’est une donnée précise, pas une approximation.
- 26 à 28 mm : mésange bleue, mésange nonnette
- 32 à 34 mm : mésange charbonnière, moineau
- 45 mm : étourneau
- Nichoir semi-ouvert, à large ouverture frontale : rougegorge, rougequeue noir, bergeronnette
Un trou trop grand laisse entrer un occupant plus fort, ou un prédateur. Et ne fixez jamais de perchoir sous l’entrée : les oiseaux n’en ont aucun besoin, mais il offre un appui idéal aux chats et aux pies.
Je fais deux modèles : le nichoir en bois naturel et le nichoir patiné. Pour la pose, l’orientation et la hauteur comptent autant que le nichoir lui-même : je détaille tout cela dans comment installer un nichoir au jardin.
Installez-le en automne ou en hiver, pas au printemps. Les oiseaux repèrent les cavités bien avant de nicher, et un nichoir posé en février a beaucoup moins de chances d’être occupé la même année.
Le chat, et les vitres
Ce sont les deux premières causes de mortalité au jardin, et on peut agir sur les deux.
Pour le chat : un collier à clochette, une mangeoire à 1,50 m minimum, et pas de branche basse ni de muret à proximité qui serve de poste d’approche.
Pour les vitres : placez la mangeoire soit à moins d’un mètre d’une fenêtre, soit à plus de trois mètres. Entre les deux, l’oiseau prend de la vitesse et se tue sur le reflet. Des autocollants ou des stores à lamelles cassent le miroir.
Combien de temps avant que ça marche
Soyez patient, les ordres de grandeur sont les suivants : quelques jours pour que les premières mésanges trouvent une mangeoire, deux à trois semaines pour qu’une routine s’installe, une à deux saisons complètes pour qu’un couple niche chez vous.
Chaque hiver, la fréquentation augmente : les jeunes nés dans le secteur reviennent là où ils ont appris à se nourrir. C’est un investissement qui se bonifie tout seul.
Pour aller plus loin
Pour savoir qui s’installe chez vous, voyez reconnaître les oiseaux du jardin. Pour la saison froide, nourrir les oiseaux en hiver détaille ce qu’il faut donner et surtout ce qu’il ne faut jamais donner.
Mes nichoirs et mangeoires en bois sont fabriqués à la main, en bois de récupération, dans mon atelier du Var. Le vernis ne va que sur les parties extérieures, pour tenir à la pluie ; l’intérieur reste sans produit — pour la mangeoire en bois brûlé, c’est la flamme qui patine la flamme.
