Je fabrique des mangeoires et des nichoirs, et c’est en les fabriquant que je me suis mis à regarder qui venait s’y poser. Au début, je voyais « des petits oiseaux ». Aujourd’hui j’en reconnais une quinzaine depuis la fenêtre de l’atelier, et je peux dire que c’est un plaisir qui ne coûte rien et qui ne s’épuise pas.
Voici la méthode que j’aurais aimé qu’on me donne au départ. Elle ne demande ni jumelles ni livre : juste de regarder dans le bon ordre.
Quatre questions, dans cet ordre
L’erreur de débutant est de chercher la couleur en premier. La couleur est trompeuse : elle change avec la lumière, la saison et le sexe de l’oiseau. Posez plutôt ces quatre questions :
- Quelle taille ? Prenez le moineau comme unité de mesure. Plus petit, de la taille d’un moineau, ou plus gros ?
- Quelle forme de bec ? Épais et conique, c’est un mangeur de graines. Fin et pointu, c’est un mangeur d’insectes. C’est le critère le plus fiable de tous
- Où mange-t-il ? Au sol, sur la mangeoire, suspendu, accroché au tronc ?
- Seul ou en groupe ? Certaines espèces ne se supportent pas, d’autres ne se déplacent qu’en bande
Avec ces quatre réponses, vous avez déjà éliminé les trois quarts des possibilités. La couleur ne sert plus qu’à confirmer.
Les cinq que vous verrez forcément
La mésange charbonnière. La plus grande des mésanges. Tête noire brillante, joues blanches bien nettes, ventre jaune traversé par une bande noire verticale. Elle est hardie, prend une graine et repart la décortiquer à l’écart. Si un oiseau vous regarde droit dans les yeux par la fenêtre, c’est souvent elle.
La mésange bleue. Nettement plus petite. Calotte bleue, ailes et queue bleues, ventre jaune, et une fine ligne sombre qui traverse l’œil. Acrobate : elle mange souvent la tête en bas, suspendue sous la nourriture. C’est le détail qui la trahit à distance.
Le rougegorge. Impossible à confondre : poitrine orange rouille qui monte jusqu’à la gorge, corps brun, silhouette ronde et pattes fines. Toujours seul. Il est si territorial qu’il chasse ses congénères, et il a l’habitude de suivre le jardinier pour attraper ce que la bêche remonte.
Le moineau domestique. Le mâle a une calotte grise, une bavette noire et une joue claire ; la femelle est d’un brun uniforme très discret, avec un sourcil plus pâle. Il va rarement seul : s’il y en a un, il y en a dix. Il mange volontiers au sol, sous la mangeoire.
Le merle noir. Le mâle est entièrement noir avec un bec jaune-orange vif et un cercle jaune autour de l’œil. La femelle est brun sombre, la gorge plus claire et tachetée — et c’est elle qu’on prend régulièrement pour une grive. Il cherche sa nourriture au sol, par petits bonds suivis d’un arrêt brusque, tête penchée.
Les becs épais : les mangeurs de graines
Ceux-là viennent pour les graines de tournesol, et leur bec est fait pour les casser.
Le verdier d’Europe : vert olive teinté de jaune, trapu, avec un bec rose très épais. Il s’installe sur la mangeoire et refuse d’en bouger, ce qui le rend facile à observer.
Le chardonneret élégant : le plus coloré de tous. Face rouge vif, tête noir et blanc, large barre jaune sur l’aile noire. Il arrive souvent à plusieurs, dans un bavardage métallique reconnaissable.
Le pinson des arbres : poitrine rosée chez le mâle, dos brun, et surtout deux barres blanches sur l’aile qu’on voit même de loin. Il mange plus souvent au sol qu’à la mangeoire.
Ceux qui restent au sol
L’accenteur mouchet est le plus discret du jardin : brun rayé, tête et poitrine gris ardoise, il se déplace furtivement sous les buissons sans jamais se poser sur la mangeoire. Beaucoup de gens ne l’ont jamais remarqué alors qu’il est chez eux toute l’année.
La tourterelle turque, beige clair, se reconnaît à son demi-collier noir à l’arrière du cou. Elle vient ramasser ce que les autres font tomber.
Les acrobates du tronc
La sittelle torchepot a un comportement unique en Europe : elle descend le long des troncs la tête en bas. Dos bleu-gris, ventre orangé, bandeau noir sur l’œil. Si vous voyez un oiseau descendre un arbre à l’envers, c’est elle, il n’y a pas d’autre possibilité.
Le pic épeiche, noir et blanc avec du rouge sous la queue, grimpe en spirale par petits bonds. Le mâle porte en plus une tache rouge à l’arrière de la tête. On l’entend souvent avant de le voir.
Le troglodyte mignon est minuscule, brun, rond, et porte sa queue dressée à la verticale. Il fouille le bas des haies. Son chant est étonnamment puissant pour sa taille.
Les trois confusions classiques
Mésange charbonnière ou mésange bleue ? Regardez la tête : noire avec des joues blanches pour la charbonnière, bleue pour l’autre. En cas de doute, la charbonnière est visiblement plus grosse.
Femelle de moineau ou accenteur mouchet ? Deux petits oiseaux bruns ternes. Le moineau est en groupe et monte sur la mangeoire ; l’accenteur est seul, reste au sol et a la poitrine grise, pas beige.
Femelle de merle ou grive musicienne ? La grive a la poitrine crème nettement tachetée de noir et le dos clair ; la femelle de merle est brun uni, avec seulement de légères marbrures sur la gorge.
Comment observer sans faire fuir
Le principe est simple : ne bougez pas, et placez-vous derrière une vitre. Les oiseaux tolèrent très bien une silhouette immobile derrière une fenêtre, beaucoup moins une présence dans le jardin.
Le reste tient à trois détails :
- Le matin tôt, dans les deux heures qui suivent le lever du jour : c’est le pic d’activité
- Installez la mangeoire à portée de vue d’une fenêtre, mais à 2 m au moins, pour éviter les collisions
- Soyez régulier. Les oiseaux apprennent les habitudes et viennent bientôt à heure fixe
J’ai trois formats de mangeoires selon la place disponible : la mangeoire plateau, qui accueille plusieurs oiseaux à la fois et convient bien aux espèces qui n’aiment pas être suspendues ; la mangeoire à bouteille recyclée, qui distribue les graines au fur et à mesure ; et la petite mangeoire en bois brûlé, dont la surface est patinée au chalumeau — j’explique cette technique dans mon article sur le bois brûlé.
Tenir un carnet, même approximatif
Notez la date et les espèces vues. En deux hivers, vous verrez apparaître des régularités : les dates d’arrivée des hivernants, le retour des couples au printemps, l’année où une espèce manque.
C’est ce qui transforme l’observation en véritable habitude, et c’est aussi utile : les programmes de sciences participatives français récoltent exactement ce type de données.
Pour aller plus loin
Nourrir correctement est la première étape, et il y a quelques erreurs à ne pas commettre : je les détaille dans comment nourrir les oiseaux en hiver.
Pour que le jardin devienne un lieu où ils s’installent durablement, voyez comment attirer les oiseaux au jardin, et pour la nidification, comment installer un nichoir — l’orientation et la hauteur décident de tout.
Mes mangeoires et nichoirs en bois sont fabriqués à la main dans mon atelier du Var, en bois de récupération.
