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Nourrir les oiseaux en hiver : quoi donner, quoi éviter

Un oiseau de la taille d’une mésange pèse une quinzaine de grammes et peut perdre jusqu’à 10 % de son poids en une seule nuit de gel. Il ne lui reste alors que quelques heures de réserves. C’est ce chiffre qui m’a fait commencer à fabriquer des mangeoires.

Nourrir les oiseaux l’hiver est facile, mais quelques erreurs courantes font plus de mal que de bien. Voici ce que j’ai appris.

Quand commencer, quand arrêter

La période utile va de novembre à mars, c’est-à-dire des premières gelées à la reprise de la végétation.

Il y a une règle à laquelle je tiens beaucoup : une fois commencé, ne vous arrêtez pas en plein hiver. Les oiseaux intègrent votre mangeoire dans leur tournée quotidienne et organisent leur territoire autour. Une mangeoire vide pendant une semaine de gel leur fait perdre une énergie précieuse pour rien.

Si vous partez quelques jours, remplissez généreusement avant, ou demandez au voisin. Au printemps, arrêtez progressivement, en réduisant les quantités sur deux à trois semaines, plutôt que du jour au lendemain.

Ce qu’il faut donner

  • Les graines de tournesol noir : l’aliment le plus utile de tous. Très riche en lipides, coque fine, acceptées par presque toutes les espèces. Si vous ne donnez qu’une chose, donnez cela
  • Les cacahuètes non salées et non grillées, concassées de préférence
  • Les flocons d’avoine nature, non sucrés
  • Les graisses : c’est l’apport calorique le plus efficace par temps de gel
  • Les fruits un peu abîmés : une pomme coupée en deux, posée au sol, pour les merles et les grives
  • Le millet et le chanvre, appréciés des moineaux et des pinsons

Ce qu’il ne faut jamais donner

Ce paragraphe est le plus important de l’article, parce que ce sont des gestes faits avec de bonnes intentions.

  • Le pain. Il remplit sans nourrir, gonfle dans l’estomac et prend la place d’aliments utiles. C’est l’erreur la plus répandue
  • Le lait. Les oiseaux ne digèrent pas le lactose, cela provoque des troubles digestifs sérieux
  • Tout ce qui est salé : chips, biscuits apéritifs, cacahuètes grillées salées, restes de plats. Leur organisme n’élimine pas l’excès de sel
  • La noix de coco déshydratée, qui gonfle après ingestion
  • Les restes de cuisine en général : trop salés, trop gras cuits, parfois moisis

Et une précaution de saison : pas de graisse aux premières chaleurs. Elle rancit vite et devient toxique. On arrête les boules de graisse dès que les températures remontent durablement.

Les boules de graisse : la recette maison

Elles coûtent trois fois moins cher qu’en magasin et vous savez ce qu’il y a dedans. Il faut dix minutes.

Une part de matière grasse pour deux parts de mélange sec. Pour la graisse, de la graisse de bœuf (suif) ou de la graisse végétale solide type végétaline. Pour le sec : graines de tournesol, flocons d’avoine, cacahuètes concassées, éventuellement quelques raisins secs.

Faites fondre doucement la graisse, retirez du feu, incorporez le mélange sec jusqu’à obtenir une pâte épaisse, puis versez dans un moule — un pot de yaourt, une demi-noix de coco vide, un petit bol. Glissez une ficelle avant que ça ne durcisse. Laissez prendre une nuit au frais.

N’utilisez jamais de beurre, de margarine ni d’huile liquide : ces matières grasses salissent le plumage et compromettent son imperméabilité.

Le filet des boules du commerce : à retirer

C’est un point peu connu et important. Les boules de graisse vendues dans un filet plastique doivent être sorties de leur filet avant d’être proposées.

Les oiseaux y coincent les doigts et parfois la langue, ce qui provoque des blessures graves. Placez la boule dans un support rigide, ou dans un panier à mailles larges.

Où placer la mangeoire

  • À 1,50 m du sol au minimum, hors d’atteinte des chats
  • À 2 m d’une vitre au moins, pour éviter les collisions — c’est une cause de mortalité très sous-estimée
  • Près d’un buisson, à 2 ou 3 m : les oiseaux ont besoin d’un refuge pour se poser avant et après
  • À l’abri du vent et de la pluie, sinon les graines moisissent
  • Toujours au même endroit : les habitudes comptent énormément

Le type de mangeoire dépend surtout de qui vient chez vous. La mangeoire plateau convient aux espèces qui n’aiment pas être suspendues, comme les pinsons et les moineaux ; la mangeoire à réserve avec bouteille recyclée délivre les graines au fur et à mesure, ce qui évite qu’elles prennent l’humidité et limite le gaspillage.

Pour la petite mangeoire en bois brûlé, le bois est passé à la flamme, ce qui resserre les fibres de surface et fonce le bois en profondeur. Le vernis, lui, ne va que sur les parties extérieures, pour tenir à la pluie : l’intérieur, au contact des graines, ne reçoit aucun produit.

L’hygiène, le point qu’on néglige tous

Une mangeoire sale est plus dangereuse qu’une absence de mangeoire. En concentrant les oiseaux au même endroit, elle facilite la transmission de maladies — la trichomonose, notamment, peut décimer une population locale de verdiers.

Trois gestes, et c’est réglé :

  • Retirez les graines humides ou moisies à chaque remplissage
  • Nettoyez à l’eau chaude une fois par semaine, en brossant, puis laissez sécher complètement avant de regarnir
  • Déplacez légèrement le point de nourrissage de temps en temps, pour ne pas accumuler les déchets au même endroit du sol

Si vous voyez un oiseau visiblement malade — plumes hérissées, apathique, qui ne fuit pas —, retirez la mangeoire deux semaines et nettoyez-la à fond.

L’eau, qu’on oublie toujours

En période de gel, trouver de l’eau liquide est plus difficile pour un oiseau que trouver à manger. Il en a besoin pour boire mais aussi pour entretenir son plumage, qui est son seul isolant.

Une coupelle peu profonde, 3 cm d’eau, un galet au milieu pour se poser, renouvelée chaque matin. Ne mettez jamais d’antigel, de sel ni de glycérine : c’est toxique, et le sel détruit l’imperméabilité des plumes.

Fabriquer sa mangeoire soi-même

C’est tout à fait à la portée d’un bricoleur du dimanche, et le bois de palette convient parfaitement. Quatre points à respecter :

  • Un toit débordant, pour que la pluie n’atteigne pas les graines
  • Un fond percé de quelques trous, pour que l’eau s’évacue
  • Un rebord bas, pour que les graines ne soient pas balayées par le vent
  • Aucun traitement chimique : ni lasure, ni vernis, ni peinture à l’intérieur

Ce dernier point est non négociable. Si vous voulez protéger le bois, utilisez une huile alimentaire siccative à l’extérieur seulement, ou passez la surface à la flamme. Je parle du bois de palette et de ses limites dans que faire avec des palettes de récupération.

Pour aller plus loin

Maintenant que la mangeoire est installée, le plaisir est de savoir qui vient : voyez reconnaître les oiseaux du jardin, qui couvre les quinze espèces les plus courantes.

Nourrir attire les oiseaux, mais ne les installe pas durablement. Pour cela, il faut leur offrir de quoi boire, se cacher et nicher : c’est le sujet de comment attirer les oiseaux au jardin et de comment installer un nichoir.

Mes mangeoires et nichoirs en bois sont fabriqués un par un dans mon atelier, à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume.